Les paysages agricoles des vallées


Les vallées du Loir-et-Cher concentrent des paysages agricoles diversifiés voire contrastés selon les séquences déroulées au fil de l'eau (pour le Loir et pour le Cher notamment). Dans la large vallée de la Loire, cette diversité d'occupation du sol peut se juxtaposer en bandes dans l'épaisseur même de la vallée. 

Fraîcheur des prairies en bord de Loire, Le Vivier, Cour-sur-Loire
Fraîcheur des prairies en bord de Loire, Le Vivier, Cour-sur-Loire
Les grandes cultures occupent la vallée de la Loire, Candé-sur-Beuvron
Les grandes cultures occupent la vallée de la Loire, Candé-sur-Beuvron


Les vignes en coteau entre Mesland et Meuves
Les vignes en coteau entre Mesland et Meuves
Jardins potagers dans la plaine, Montlivault
Jardins potagers dans la plaine, Montlivault

Ainsi certains secteurs apparaissent encore préservées, avec une dominance de pâtures et prairies de fauche, piquées d'arbres isolés et bordées de haies : ce sont les paysages les plus évocateurs des vallées qui, creusées dans le contexte dominant des grands plateaux cultivés et ouverts, apparaissent alors comme des oasis de verdure, de fraîcheur et de biodiversité ; d'autres séquences de vallées à l'inverse voient s'étendre sans partage de vastes étendues cultivées où dominent les céréales : comme si les vastes plateaux adjacents avaient « glissé » dans le fond de vallée. Partout ou presque, mais à une toute autre échelle, les jardins potagers soigneusement entretenus offrent une image domestique et familière précieuse aux franges des secteurs habités des vallées.

Enfin, par endroits, la vigne enrichit et complexifie le paysage des vallées et de leurs rebords, en se mêlant aux cultures, notamment sur les coteaux. Dans certains secteurs, la vigne occupe même sans partage l'espace, dessinant à son tour des paysages quelque peu simplifiés.

Comme partout, la géographie de la vigne en Loir-et-Cher est liée à celle de l'eau, par laquelle le transport du vin était rendu possible. Implantée dans le département à partir du IIIe siècle, ce sont les évêques qui, pour les besoins du culte, ont contribué à entretenir et développer le vignoble après l’effondrement de l’Empire Romain.

Au Ve siècle, la vigne prend rapidement de l’ampleur et se déploie sur tous les coteaux de la Loire et ses affluents. Une charte de 895 mentionne la présence de vignes à Suèvres, sur les coteaux de la Loire. Voyant les profits tirés par cette culture, les nobles et les bourgeois deviennent de grands viticulteurs et s’installent près des villes. La Loire et ses différents affluents constituent des voies de communication qui favorisent le commerce et notamment l’exportation du vin. Du XIe au XIIIe siècle, un véritable courant commercial s’établit avec la Hollande.

La présence de la cour au XVIe siècle favorise la production des vins de qualité du Val de Loire. Le Gouais, l’Auvernat blanc et rouge et le Meslier sont les principaux cépages cultivés à cette époque. Louis XII estime particulièrement le cru de Galipeau des coteaux dominant Blois et Henri IV celui de Prépatour, à côté de Vendôme. 


Carte de Cassini montrant la présence de vignes sur le plateau beauceron, aux environs de Blois, XVIIIe siècle
Carte de Cassini montrant la présence de vignes sur le plateau beauceron, aux environs de Blois, XVIIIe siècle

De manière surprenante, la vigne s'est même développée... en Beauce : elle y a occupé de petits îlots moins fertiles dans les confins occidentaux du plateau Beauceron.

Au XVIIe siècle, la viticulture est donc très florissante, grâce aux Hollandais qui achètent les vins très chers, permettant aux viticulteurs de s'enrichir et de prospérer.

Mais au XVIIIe siècle, la guerre contre les Hollandais ruine les viticulteurs du Blésois. Parallèlement, la région parisienne boude les vins de la région qui sont alors sans qualité et ne supportent pas les voyages. C'est la raison de l'essor de la vinaigrerie à Orléans.

En 1876 apparaît le phylloxera qui va décimer la région viticole. Les exploitants se reportent alors sur la production légumière (pomme de terre, petit pois ou haricot), aisée grâce à la présence des sables alluviaux de  Loire et de Sologne. Ce type de paysage mixte est encore aujourd'hui caractéristique de la Sologne viticole.

Après cette crise, à partir de 1883, les vignerons prennent conscience du potentiel de leur terroir et accentuent leurs efforts pour obtenir une production de qualité.

Les appellations sont nombreuses et parmi elles, on trouve des AOC telles que Cheverny, Cour-Cheverny, Coteaux-du-Vendômois, Valençay ou Touraine.

Aujourd'hui, sur les 30 000 hectares d'aires d'appellation, seuls 8 000 hectares sont réellement cultivés.