Atlas des paysages
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Une qualité architecturale liée à une grande diversité de matériaux de construction fortement identitaires


Carte de la répartition des matériaux traditionnels de construction en région centre et plus particulièrement dans le Loir-et-Cher

L'importance de la géologie dans la différenciation des paysages du Loir-et-Cher n'est pas liée qu'aux variations des sols et de leur potentiel de mise en valeur agricole. Elle joue aussi de façon prégnante sur l'architecture, en offrant les matériaux qui vont servir à la construction. L'architecture, par ces matériaux et par les couleurs et les formes qu'ils induisent, contribue ainsi de façon majeure à la diversité et à la richesse des paysages du département. Conscient de cette valeur, le CAUE et le Conseil Général ont organisé une exposition en 2004 qui résume bien les couleurs du Loir-et-Cher : 

La Beauce blanche et grise

Le calcaire et l’ardoise, Ouzouer-le-Doyen     Le calcaire et l’ardoise, Prénouvellon

Le calcaire lacustre Beauceron, abondant et de bonne qualité, est utilisé pour le bâti, offrant des tonalités blancs-gris teintées de beige par les enduits ou les joints au mortier de chaux ; les toits bruns chauds de tuiles se mêlent à ceux gris sombre des ardoises (depuis la généralisation de son transport par chemin de fer à partir de la fin du XIXe siècle) et à ceux de tôle galvanisée apparus depuis les années 1950.

Le Loir blanc et rouge

La brique en corniche ou en chaînage, Morée     Le tuffeau et la tuile, Lavardin

Le tuffeau, la brique et l’ardoise, à Montoire-sur-le-Loir

Si le tuffeau blanc domine dans le cours aval de la vallée, marqué également par les troglodytes, il se mêle bien souvent aux matériaux chauds du Perche riverain, comme le grison, le silex, le calcaire et surtout la brique dans sa partie amont.

Le Perche marron et vermillon

Constructions mettant à profit différentes techniques de construction. Ici, on retrouve le roussard en chaînage, la brique en façade, le pan de bois et enduit ou le silex sur mur pignon, Boursay     le rognon de silex en « tapisserie », le Gault-Perche

Le roussard     Le grison


Les matériaux divers marquent particulièrement l'architecture percheronne, tenus dans l'unité de tonalités dominantes particulièrement chaleureuses : les pans de bois sont fréquents, accompagnés parfois encore par la terre crue sous forme de torchis ou de bauge ; ils sont traditionnellement utilisés dans les zones d'argiles à silex, ce dernier, sous forme de « rognons », ne pouvant composer à lui seul une maçonnerie ; les enduits à base de chaux et de sable local non lavé apportent une tonalité jaune remarquablement lumineuse et chaude ; la brique, du brun sombre au vermillon, apparaît globalement plus sombre que celle de Sologne au contraire plus claire et orangée ; le roussard, un grès dense, offre son étonnante couleur brun sombre/lie de vin violacé ; le grison, brun ou jaune plus ou moins dense, enrichit la palette des couleurs, mais aussi des textures, avec leurs gros granulats agglomérés ; s'ajoute à cet ensemble extraordinairement riche un calcaire d'un blanc crémeux dit « craie de Rouen », qui constitue la pierre la plus répandue au cœur du Perche et dans toute sa partie Ouest. Utilisée en moellons ou en pierre de taille pour le parement des façades, la « pierre blanche » du Perche se prête aussi admirablement aux encadrements de baie, aux chaînages d'angle et à la taille fine d'éléments décoratifs : bandeaux, corniches, sculptures...

La Loire blanche et grise

Tuile, calcaire et brique pour le bâti ligérien, Blois     Le calcaire et l’ardoise, Suèvres

Sous la douce lumière ligérienne, les constructions de la vallée sont tout entières tenues dans l'unité du calcaire blanc, calcaire de Beauce ou tuffeau, élégant, abondant, sur les plus opulents châteaux comme sur les plus humbles appentis de maisons de mariniers. L'ardoise semble globalement dominer dans les toitures, mêlée à la tuile qui lui a été antérieure. Sur les toits d'ardoise de Blois, les cheminées de brique rouge ajoutent une touche de couleur dans les sages et douces tonalités dominantes de blanc et de gris. La richesse générée par l'activité fluviale se lit aux détails soignés d'architecture, dans la sculpture d'un linteau, d'un corbeau, d'une encoche, et jusque dans l'inclusion dans la pierre de motifs d'ardoise taillée.

La Sologne rouge et orange

Tuiles et briques, associées parfois à un enduit, la Ferté-Beauharnais     Tuiles et briques à Chaumont-sur-Tharonne
Le bâti Solognot, plus qu'ailleurs, apparaît charmant et délicat : par la simplicité des volumes et leur modestie, par l'inventivité des motifs dessinés par la brique, orange ou brune, en damiers, en losanges ou en croisillons. En complément, l'utilisation du calcaire de Beauce ou de la craie pour les chaînages d'angle et les linteaux des portes et fenêtres signe l'aisance du propriétaire, tout comme l'ardoise qui se mêle à la tuile plate. Cette personnalité du bâti solognot n'est pas de toute éternité ; elle s'est façonnée depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, avec le remplacement de la terre crue par la terre cuite (la brique). Aujourd'hui les maisons à pans de bois et torchis sont des exceptions, et les toitures de chaume ou de grandes bruyères ont à peu près disparu. En revanche, la pression de l'urbanisation et le caractère isolé des maisons récentes rendent sensibles dans le paysage le surgissement de maisons aux tonalités et matériaux déconnectés du contexte, crépis de « tons pierre » incongrus ; le phénomène est sensible en particulier dans la Sologne viticole, plus exposée à la pression et plus ouverte.

Le Cher multicolore

Mélange hétéroclite de brique, de calcaire, d’ardoise et de tuiles, Villefranche-sur-Cher     Le Calcaire et l’ardoise, Montrichard
La vallée du Cher présente deux visages en termes d'architecture traditionnelle : sur son cours à l'amont de Selles-sur-Cher, elle reste sous influence de la Sologne qui la borde au nord, avec la brique qui domine, et le calcaire de Beauce ; sur son cours aval, le tuffeau clair s'impose partout, annonçant la vallée de la Loire et laissant voir des pans de falaises troués de troglodytes ; sur ce cours aval, la pression d'urbanisation a assez largement conduit à l'éclatement du bâti dans le paysage, mais aussi à l'éclatement des matériaux et des couleurs.

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