Atlas des paysages
du Loir-et-Cher
CAUE 41      Plan du site | Imprimer la page | Recherche | Lexique | Contact

Accueil » Fondements des paysages » Les paysages, l’urbanisation et les infrastructures » Des formes urbaines et des sites bâtis qui contribuent à la personnalité des paysages

Des formes urbaines et des sites bâtis qui contribuent à la personnalité des paysages


Le bâti ne s'organise pas partout de la même façon, composant des sites bâtis et des formes urbaines qui contribuent à différencier et varier les paysages ; pour chaque projet urbain, notamment à l'échelle des PLU et cartes communales, c'est la reconnaissance de la spécificité du site bâti et de la forme urbaine qui mérite de guider les choix en termes d'urbanisme. Globalement, quatre situations se rencontrent, enrichies par un large éventail de déclinaisons :

Les villages compacts de la Beauce

Ferme Beauceronne à la silhouette cubiste, Villeromain     Village de Saint-Léonard-en-Beauce, poser sur l’horizon agricole Beauceron

-    en Beauce, les villages, hameaux et fermes composent une maille serrée de villages compacts, qui se succèdent tous les trois à cinq kilomètres, caractéristique remarquable des pays d'openfield ; chacun forme un îlot construit au milieu d'une mer de cultures, visible de loin et signalé par les « phares » que constituent les clochers, les châteaux d'eau et les silos à grains ; sur ces terres apparemment planes, les villages n'ont pas fleuri tout à fait au hasard, recherchant les microreliefs, les plis qui indiquent la présence de ruisseaux souterrains, ou les petits adossements qui protègent du vent : Marchenoir est à l'appui de la forêt, Selommes est lové dans les premiers méandres du ruisseau de Saint-Martin, Oucques est précisément placé à la source du Réveillon, Maves surplombe légèrement la Sixte, Verdes s'inscrit dans un micro-vallon, … 

Un urbanisme mixte en Sologne

Centre village soigné, ouvert en clairière dans la forêt de Sologne, Souvigny-en-Sologne     Un urbanisme mixte dans les plateaux de Gâtine

Village ouvert sur le plateau agricole de Gâtine, Villeporcher     Massive exploitation céréalière, en Gâtine Tourangelle

- les villages forment une maille plus large mais toujours régulière en Sologne (cinq à dix kilomètres de distance) ainsi qu'en Gâtine Tourangelle, à laquelle s'ajoute un semis de bâti (fermes) diffus qui contribue à différencier la Gâtine de la Beauce ; les villages Solognots, volontiers étirés en villages-rues, sont souvent liés à la fois aux cours d'eau et aux carrefours des axes de communication ; toujours en Sologne mais dans l'aire d'influence de Blois, l'urbanisation tend à devenir plus franchement linéaire, développée au fil des voies, faisant passer les « villages rues » à des « villages routes » ; un changement d'échelle qui n'est pas sans poser des problèmes ;

Une grande dispersion de fermes isolées dans le Perche

La Gandonière, perchée à mi-pente face à Mondoubleau     Petit village groupé de Romilly

- l'armature régulière des villages se perd dans le Perche, où les bourgs se raréfient, laissant place au semis d'habitat et de fermes diffus, caractéristique des pays de bocage : un semis historiquement discret mais devenu beaucoup plus sensible aujourd'hui dans le paysage, avec les mises en culture et l'ouverture des vues qui s'ensuit. C'est d'autant plus vrai que le bâti occupe plus volontiers les mi-pentes ou les sommets des collines que les fonds de vallons. Les villages eux-mêmes sont en quelque sorte ouverts, les centres rayonnant par les rues et chemins conduisant aux différents écarts et hameaux ;

Une urbanisation qui s’égrène au fil de la route dans la vallée de la Loire     Une alternance de villes de plaine et de villages accrochés dans la vallée du Loir

Des villes  et des villages de coteaux dans la vallée du Cher     Chaumont-sur-Loire, étiré le long de la levée de protection contre les crues et adossé au coteau de la Loire

Le centre de Montrichard, accroché au coteau, au pied de l’ancienne forteresse     Château de Châteauvieux, perché sur un éperon rocheux, protégeant le village en contrebas

- dans les vallées du Loir, de la Loire et du Cher, trois situations se rencontrent : Les villes et bourgs s'implantent le plus souvent en piémont, dessinant des formes urbaines remarquables, parfois allongées en quais dans les situations les plus urbaines. Lorsque ces bourgs de piémont sont dominés par les châteaux ou ruines de châteaux isolés en crête, l'ensemble compose alors les paysages urbains les plus spectaculaires et valorisants du département : à Vendôme, à Montoire et à Lavardin par exemple sur le Loir ; à Saint-Aignan et à Montrichard sur le Cher ; à Chaumont sur la Loire ; à Blois curieusement, la silhouette urbaine est moins marquée par le château que par les clochers de la cathédrale et de l'église Saint-Nicolas. Véritables repères dans le paysage, ces ensembles forment aussi de superbes observatoires de la ville ou du village et de la campagne environnante.

Montoire-sur-le-Loir, qui s’étend dans la vallée du Loir au pied des ruines du château

Pour profiter au mieux de la proximité de l'eau, certains villages quittent l'abri du piémont pour s'aventurer en plaine ; ils se protègent alors des risques liés à l'eau par de légers monticules, ou « montils » sur la Loire. Veuves, Selles-sur-Cher ou Fréteval sont restés de dimensions relativement modestes, mais Montoire-sur-le-Loir et Vendôme a fortiori se sont par exemple étendues dans la large plaine alluviale.

Village perché de Thoré-la-Rochette, dont la construction s’échelonne du sommet au bas du coteau du Loir

Les villes ou villages véritablement perchés apparaissent finalement beaucoup plus rares et ne coiffent pas seulement les sommets : Trôo et Thoré-la-Rochette sur le Loir, Savigny-sur-Braye, Mondoubleau sur la Grenne, Saint-Aignan sur le Cher, Blois à une autre échelle sur la Loire, occupent en fait tout le gradient de la pente, de la crête au piémont, en profitant d’un coteau pas trop raide. En revanche les fermes occupent volontiers les rebords hauts des coteaux, perchées pour profiter de la proximité immédiate de terres complémentaires : celles du plateau pour les grandes cultures, celles du coteau pour la vigne ou les vergers, celles des vallons ou vallées pour l’élevage ; ces fermes perchées composent alors à elles seules des éléments bâtis remarquables dans le paysage ; on les trouve tout particulièrement sur les coteaux qui dominent le Loir ; elles méritent d’être identifiées et préservées.

Face à la difficulté de construire à proximité du Cher, les coteaux colonisés par l’urbanisation, Montrichard     Urbanisation déstructurée du coteau, installée en piémont, dans la pente et en crête, Chissay-en-Touraine

De façon générale, les extensions récentes dans les vallées ont fragilisé les sites bâtis dans leur relation au paysage. L’absence de choix d’urbanisme entre plaine, piémont, pente ou crête, génère un processus de mitage où tout paraît constructible de façon indifférenciée ; la rupture avec les formes urbaines compactes historiques aggrave le phénomène, avec des maisons isolées dans leurs parcelles consommatrices d’un espace pourtant particulièrement précieux. Des exceptions notables existent heureusement, y compris en situation très urbaine ; ainsi par exemple Vendôme a choisi de reconquérir son coteau nord enfriché en replantant des vignes (la pente des Coutis) plutôt qu’en implantant des maisons, assumant son site bâti de ville de plaine alluviale dans un écrin de coteaux « verts ».

Cave troglodyte dans une vallée affluente du Cher, Châteauvieux     Hameau troglodytique entre falaise boisée et vallée pâturée, Lunay

- Toujours dans les vallées du Loir, de la Loire et du Cher, une quatrième situation bien particulière se rencontre : la roche tendre qu'est le tuffeau a permis le développement d'une forme d'habitat très caractéristique : les troglodytes. La nécessité de faire face, à plusieurs reprises, à des invasions barbares, a certainement favorisé la prolifération de ce type d'abris. Face aux périls, dans le moindre hameau, les familles de paysans ont creusé leurs souterrains refuges. On en dénombre plusieurs centaines et l'on estime que de nombreux autres ont disparu. Ces lieux ont souvent eu une vocation dissuasive : ramper dans des boyaux qui ne laissent guère passer qu'un homme, voilà qui n'est pas commode. Mais ils sont aussi liés à l'économie fluviale : sur les coteaux du Cher ou de la Loire, il n'est guère question d'habitat paysan, mais plutôt d'habitat artisan, noble ou bourgeois, issu d'un passé de mariniers, de pêcheurs, de champignonnistes et de vignerons… Un passé qui s'est ancré à l'époque où la Loire était l'une des grandes artères de la France. L'extraction de la roche a même suscité des « cathédrales souterraines », comme à Trôo, par exemple, avec son réseau de Caforts long de 7 kilomètres, qui tourne en rond sur plusieurs niveaux. Le village était déjà mentionné par César comme un village criblé de « terriers gaulois ». Le village de Bourré, quant à lui, demeure encore ancré dans les rochers. Le coteau, réputé pour la qualité de son tuffeau blanc, semble avoir toujours vécu au rythme des perriers qui s'aventuraient dans le corps tendre de la terre. Les pierres en attente constituaient un important stock que l'on étirait en contrebas du coteau, sur les quais du Cher, le plongeant dans l'eau sur des rondins de bois pour le protéger du soleil et du gel.

L’habitat troglodytique implique une forme urbain « en peigne », c'est-à-dire perpendiculairement à la falaise exploitée pour l’extraction de la roche, Châteauvieux     Maisons construire en tuffeau dans le prolongement des salles d’excavation, Les Roches-l’Evèque

Qu'ils soient fait pour des abris, des caves, des champignonnières, ou des pièces d'habitation, les troglodytes ont généré des formes urbaines aujourd'hui originales, où le bâti s'organise perpendiculairement à la falaise, laissant dégagées les vues sur les parois calcaires. Il en résulte un paysage précieux et fragile, abîmé malheureusement par des erreurs d'implantations bâties, ignorantes du caractère patrimonial des lieux.

Haut de page

Agence Folléa-Gautier, paysagistes-urbanistes
Ne pas reproduire sans autorisation
FEDER Centre   L´Europe en région Centre  DREAL