Atlas des paysages
du Loir-et-Cher
CAUE 41      Plan du site | Imprimer la page | Recherche | Lexique | Contact

Accueil » Fondements des paysages » Les paysages, la forêt et l’arbre » La belle richesse des paysages et des milieux forestiers solognots

La belle richesse des paysages et des milieux forestiers solognots


Forêt Solognote
Vue d’avion, la forêt Solognote dans son ensemble se présente comme une île de verdure dans un océan de céréales (Beauce et Champagne berrichonne). Sa première valeur vient bien de son relatif isolement au sein de vastes plaines et plateaux dévolus aux grandes cultures. Au total, la forêt solognote couvre 500 000 hectares : c’est le deuxième plus important massif de France après la forêt des Landes, également établie sur des sables. Mais la comparaison s'arrête là ; en Sologne, le paysage forestier est resté très diversifié : le pin maritime ne s'aperçoit que ponctuellement, plus souvent relayé par le pin sylvestre, qui résiste mieux au froid, ou par le pin laricio, originaire des montagnes corses ; ponctuellement le douglas a également été planté ; au total, les résineux ne dominent que dans les parties les plus sèches et les mieux drainées, notamment en Sologne viticole ; partout ailleurs les feuillus se sont largement maintenus, avec le chêne, le châtaignier, introduit pour ses multiples usages, le bouleau, le tremble, les saules dans les parties les plus humides, etc. Au total, si les sols solognots sont pauvres et ne permettent globalement pas aux arbres d'atteindre de grandes hauteurs, c'est néanmoins un paysage forestier riche de sa diversité qui se découvre. 

Clairière pâturée de Sologne     Passage aménagé dans les fourrés pour le passage du gibier et des chasseurs

Cette diversité est renforcée par l'agriculture, qui « troue » le manteau forestier en clairières cultivées ou pâturées, commandées par des fermes éparses, mais également par la chasse, qui contribue nettement et de façon originale à dessiner le paysage de la forêt : postes de tirs construits en bois qui ponctuent les lisières, percées enherbées facilitant le tir, petites parcelles en cultures à gibier, lisières soignées, …et faisans, qui partout se laissent voir et même approcher sans grande difficulté.

Avant de trouver cette vocation cynégétique, l'histoire de la forêt solognote, tour à tour défrichée, reboisée, voire délaissée, reflète la difficulté de mise en valeur du pays par les hommes.

Alors que les moines, au Moyen-Âge, avaient entrepris de déboiser la forêt pour y installer des cultures, ils durent également mettre en place un réseau d'étangs pour drainer les terres lourdes et humides (voir le chapitre « Les paysages et l'eau » supra). Au XVIe siècle, François Ier voulut développer la culture de la vigne et fit planter 80000 ceps de Beaune qui donnèrent naissance au cépage de "Romorantin" (1517). Les guerres de religion, entraînèrent dans le même temps l'abandon d'une partie des terres, ce qui favorisa un réenfrichement du territoire.

A la Révolution, la Convention décréta l'assèchement des étangs de Sologne pour assainir les terres. Localement, cette décision provoqua la consternation générale : avec le poisson, les étangs constituaient en effet une source de revenu et un complément alimentaire non négligeables. Les premiers résultats de l'opération ne furent cependant guère probants, le décret fut oublié et les travaux abandonnés.

C'est surtout au XIXe siècle que la Sologne changea de visage.

Sous l'Empire, le Prince de Beauharnais contribua au regain d'intérêt suscité par la Sologne en développant l'élevage des moutons et des chevaux. Sous l'action de la Société d'Agriculture du Loir-et-Cher, la Sologne fut reboisée, l'élevage du mouton prospéra et même la culture de la betterave à sucre se développa.

Durant le Second Empire (1852-1870), la Sologne fut partiellement asséchée et des routes agricoles furent construites. Comme les Landes de Gascogne, cette zone humide, réputée malsaine, fit l'objet d'une forte politique de boisement. Le pin maritime, introduit dans les forêts solognotes autour de 1770, connut alors un développement massif, avant que le gel,  par deux fois (hiver 1878 et hiver 1879), inflige de grands dégâts dans les forêts de jeunes pins. On reboisa en utilisant cette fois le pin sylvestre, moins rapide en pousse mais beaucoup plus résistant au froid que le pin maritime. Les bois de feuillus, traditionnellement cultivés en Sologne, étaient destinés aux charpentes et à la menuiserie, offrant glands et faînes au bétail ainsi que litière et soutrage des sous bois pour les fumures. Le résineux ne concurrençait pas les feuillus pour le bois de chauffe ; il ne convenait pas non plus pour la construction. Il trouva sa place sur le marché du bois de boulangers puis celui de la pâte à papier.

Le paysage Solognot connut à nouveau de grandes transformations pendant la première moitié du XXe siècle. Le pays paya un lourd tribut à la Première Guerre Mondiale, perdant 10 000 habitants. L'exode rural qui suivit la guerre continua de vider la région. Rapidement, le recul de l'agriculture a laissé place à l'enfrichement puis à la forêt, devenue emblématique de la Sologne actuelle. L'enfrichement du paysage a d'ailleurs été renforcé par la myxomatose, apparue dans les années 1950.

Parallèlement, c'est depuis près de 150 ans que la chasse s'est développée, devenant progressivement une activité économique à part entière qui contribue aujourd'hui de façon prépondérante à la prospérité de la Sologne. Entre 1860 et 1914, la Sologne se couvre de luxueux pavillons de chasse construits sur de vastes domaines.

Dans son ouvrage « la Sologne », Henri Denizet écrit : « La chasse est devenue une valeur dont on trafique ; on loue une chasse comme on loue une maison, et le prix de location a doublé depuis vingt ans ; c'est que la Sologne est le pays de chasse préféré des parisiens qui viennent s'y délasser, le dimanche, des travaux de la semaine».

L'engouement des Solognots pour cette ressource les a mené à créer des fermes à gibier. On estime à 15 000 par an la production de faisans. Outre l'élevage de gibier, les activités qui bénéficient des retombées économiques de la chasse sont aussi diverses que la vente d'armes,  la taxidermie, l'hôtellerie, la restauration, les métiers du bâtiment, l'élevage de chiens, l'immobilier, … 


Mirador de tir pour la chasse     Des grillages interdisent souvent l’accès aux forêts de chasse privées

Bande de maïs cultivé pour attirer le à gibier

L'allure même de la forêt en a été modifiée : la chasse a redessiné le paysage forestier. Les domaines de chasse sont souvent enclos de grillages, des miradors sont postés en lisières des forêts, de grandes percées sont aménagées pour faciliter le passage des chevaux (chasse à courre), des lisières entretenues sont ménagées aux orées des bois, ainsi que des bandes de cultures céréalières attirant le gibier.

L'agriculture faisant toujours plus pâle figure, la chasse offre les moyens d'une prospérité jusqu'en 1974, lorsque la suppression d'un privilège fiscal – l'inclusion des coûts de la chasse dans les charges de l'entreprise – va porter un coup sévère à la région. L'effet est très rapide : des groupes industriels partent ; les emplois induits disparaissent ; le nombre de gardes-chasses s'effondre en 20 ans et passe de 2000 à 300 ; le morcellement des domaines s'accélère. Pour certains, la « démocratisation » de la chasse qui s'engage alors se révèle problématique pour l'environnement. Les grillages deviennent la plaie de la Sologne, et la pression des citadins amateurs de chasse et de résidences secondaires fragilise la vocation agricole des terres en faisant monter les prix du foncier. La chasse, en partie dépendante de l'activité agricole, en est donc affectée à son tour.

Aujourd'hui, la Sologne constitue le principal « réservoir cynégétique » du Loir-et-Cher, même si la chasse se pratique sur l'ensemble du département. En automne et en début d'année, la quasi-totalité du territoire solognot est consacré à la chasse. Dans le département, un habitant sur quatorze est chasseur, contre un habitant sur quarante en France. Même si 90% du territoire demeure privé (même les forêts domaniales de Lamotte-Beuvron, Boulogne et Vouzon font partie du domaine privé de l'Etat), pour les non chasseurs, la  Sologne offre 2 000 kilomètres de chemins communaux.  


Haut de page

Agence Folléa-Gautier, paysagistes-urbanistes
Ne pas reproduire sans autorisation
FEDER Centre   L´Europe en région Centre  DREAL