Atlas des paysages
du Loir-et-Cher
CAUE 41      Plan du site | Imprimer la page | Recherche | Lexique | Contact

Accueil » Fondements des paysages » Les paysages et l’agriculture » Les paysages agricoles des plateaux

Les paysages agricoles des plateaux


Le plateau agricole, sur lequel vient se poser Oucques

Paysage de ciel et de terre, Boisville, commune de Membrolles

Les immenses étendues ouvertes de la Beauce marquent le triomphe des grandes cultures. Elles sont si rentables qu'elle n'ont laissé à peu près aucune chance à l'arbre : un obstacle gênant les engins, et un pourvoyeur d'ombre inutile en l'absence d'animaux et même néfaste à la rentabilité des cultures.

L'aspect épuré du paysage Beauceron est ancien ; historiquement, cette région au sol riche et aplani a toujours privilégié une agriculture de grande échelle, organisée autour de fermes massives groupées au milieu de vastes champs cultivés. La Beauce n'a jamais été une région bocagère même à l'époque où le bocage recouvrait la plupart de la région Centre, comme au XVIIIe siècle ; contrairement au Perche ou à la Sologne, la liberté de clore les terres cultivées par des haies n'y était pas reconnue ; le pâturage, en l'absence de clôture, était très réglementé ; puis le défrichage est devenu systématique et la totalité du terroir a été exploitée. Aujourd'hui la Beauce, réputée « grenier de la France », contribue à faire du pays une puissance agro-industrielle de rang mondial. Les exploitations sont vastes et tendent toujours à s'agrandir, au détriment d'installation de nouveaux exploitants ; dans les cantons de Saint-Amand-Longpré, Herbault, Mer, Marchenoir et Selommes, la surface agricole utile (S.A.U.) moyenne est de 95 hectares et plus.

Dans le département, 85 % des exploitations Beauceronnes sont principalement orientées vers les grandes cultures ; pourtant, d'autres productions, maraîchères et fruitières, permettent de diversifier modestement l'occupation des sols : l'asperge verte, le cassis, la pomme de terre, l'oignon sont des cultures de plein champ aujourd'hui intégrées dans le système, sur des sols à forte potentialité. Ce bassin très dynamique, porté notamment par la réforme de la P.A.C. de 1992, a réussi à mettre sur le marché des produits de qualité comme l'asperge verte « Chambord ».  Le bassin traditionnel de production reste cependant la Sologne viticole : en rive droite de la Loire, la Beauce reste fondamentalement un océan de grandes cultures ouvertes sur le ciel.


Les grandes cultures ponctuées de bouquets d’arbres, Saint-Martin-des-Bois     La Gougeonnerie, commune de Vallières-les-Grandes, Plateau de Pontlevoy

Les Gâtines qui succèdent à la Beauce ou à la Sologne à l'ouest de Blois ressemblent aujourd'hui à la Beauce : le système des grandes cultures s'impose, avec blé, orge et maïs, après que l'élevage ou la polyculture-élevage ont beaucoup diminué. Mais les nappages d'argile à silex, plus fréquents qu'en Beauce où les fertiles limons dominent largement, laissent en Gâtine des secteurs plus favorables aux forêts et aux bois. Ainsi, les grandes cultures ne courent pas jusqu'à l'horizon comme en Beauce, mais semblent se déployer au sein de vastes clairières apparentes, bornées à l'horizon par les bois épars. Le plateau de Pontlevoy est même une véritable clairière, ouverte au cœur des Bois de Sudais et de la forêt domaniale de Montrichard et cernée à l'est par les bouquets d'arbres de la Sologne viticole.

En Gâtine, les exploitations agricoles, isolées et dispersées, sont parfois accompagnées d'une mare et de quelques pâtures pour l'élevage bovin ; une partie des céréales produite est alors autoconsommée par le cheptel animal. Autour des fermes, des traces de vergers anciens, aujourd'hui délaissés et moribonds, témoignent de l'époque de la polyculture-élevage, avant les remembrements entrepris à partir des années 1960.  


Les vignes, prospérant sur les croupes des coteaux du Cher, La Haute Herbaudière, commune de Saint-Aignan
Au sud du Cher, le Berry commence à dessiner ses amples ondulations aujourd'hui largement dévolues aux grandes cultures. Dans le Loir-et-Cher, des traces de bocage sont encore visibles, témoignant de l'évolution récente des paysages de la Champagne berrichonne, conquise par les grandes cultures à la faveur des progrès techniques de l'agriculture au cours des dernières décennies. Autour de Saint-Aignan/Montrichard, entre la vallée du Cher et la forêt de Brouard, c'est la vigne qui a pris place sur les croupes aplanies qui séparent les vallons affluents les uns des autres.

L’élevage du mouton demeure une des spécialités agricole de la Sologne     Enfrichement d’anciennes clairières cultivées - Neuvy

Durant des siècles, la Sologne, malgré un potentiel naturellement limité, a fait l'objet d'un travail incessant pour qu'elle produise quelques biens agricoles. Cette mise en valeur se traduit encore aujourd'hui par les trouées qui parsèment le manteau forestier, occupées souvent par des pâtures, des prairies de fauche, quelques cultures. Elle se lit aussi à la myriade d'étangs qu'il a fallu creuser pour assainir les terres, engorgées d'eau par suite de l'abattage des arbres. Mais la nature est têtue : tandis que la Sologne agricole ne peut produire ses récoltes qu'au prix d'efforts et de labeurs incessants, le gibier vit et prospère naturellement sur ces terres où dominent l'arbre et l'eau. Ce constat est à l'origine d'un conflit d'intérêt entre l'activité liée à la chasse et celle liée à l'agriculture ; sous le Second Empire et sous la IIIe République, la Sologne s'est couverte de rendez-vous de chasse prestigieux. Depuis un demi siècle, la transformation des conditions de vie humaines et économiques liée à la chasse s'est accélérée en Grande Sologne. Avec l'influence des propriétaires fonciers et de riches Parisiens, la région est devenue un vaste terrain de loisir, de chasse et de pêche.  Cette attractivité résidentielle et de loisir a exagérément fait croître le prix des terres : l'hectare loué au chasseur rapporte davantage que s'il était consacré aux céréales ou à la pâture. Ainsi, beaucoup de petits propriétaires préfèrent louer leurs terres à des sociétés de chasse plutôt que de produire du blé, du lait ou de la viande. Par ailleurs, la cohabitation avec la chasse complique les conditions d'exploitations agricoles : récoltes facilement saccagées, chemins accaparés, conflits sur les clôtures, ... Dans cette situation, il n'est guère étonnant que l'agriculture soit plutôt en déprise : les bois couvrent aujourd'hui, dans certaines communes, plus de 50% de la superficie. Les paysages se ferment et l'extension des terres incultes se poursuit : en 1997, la jachère, devenue la principale « culture », occupait près d'un hectare sur cinq.  


Haut de page

Agence Folléa-Gautier, paysagistes-urbanistes
Ne pas reproduire sans autorisation
FEDER Centre   L´Europe en région Centre  DREAL