Atlas des paysages
du Loir-et-Cher
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Les paysages des vallées


Dans la douceur généralisée des reliefs du département, les trois vallées principales que sont la Loire, le Loir et le Cher composent des événements remarquables, qui en font les paysages les plus « pittoresques » : riches de points de vue, de sites, de diversité de milieux, de patrimoine culturel et naturel.

Coupe de la vallée de la Loire à Beaugency (Loiret)     Coupe de la vallée la Loire à Blois

Coupe de la vallée de la Cisse à Onzain

La Loire compose un grand paysage complexe car deux topographies s'additionnent : celle, classique, des coteaux qui la bordent et celle, plus originale et plus subtile, de son fond de vallée, qui n'est pas plat naturellement et qui a fait l'objet d'aménagements :
  • La topographie des coteaux en rebord de vallée contribue à différencier les unités de paysage successives au fil de la Loire : à l'amont de Blois, les coteaux restent modestes, et la Loire forme un pli large mais peu profond entre Beauce et Sologne ; ces coteaux adoucis suffisent à cristalliser les villages et châteaux qui se succèdent au fil de l'eau de Mer à Saint-Claude-de-Diray, en passant par Suèvres, Muides, Saint-Denis-sur-Loire, Saint-Dyé-sur-Loire ou Ménars, composant des sites remarquables, pas forcément spectaculaires mais précis, riches de patrimoine …et fragiles ; autour de Blois, en rive droite notamment à l'aval de Ménars, et en rive gauche à partir de la forêt de Russy, les coteaux s'accentuent avec la Loire qui creusent son cours, atteignant 30 à 40 m d'amplitude ; jusqu'à l'aval du département, la vallée est alors nettement délimitée par ces rebords, occupés par l'urbanisation de Blois, des villages, le château de Chaumont-sur-Loire et, selon la pente, par des cultures ou plus souvent des boisements ;
  • Entre les deux versants, qu'elle a sensiblement écartés l'un de l'autre par ses déplacements latéraux au cours des deux cent derniers millénaires (2 à 3 km dans le département et jusqu'à 7km en amont dans l'Orléanais et à l'aval en Anjou), la Loire a déposé dans son lit majeur d'énormes quantités d'alluvions composées de sables, de graviers et de limons ; au sein de ce couloir que forme la vallée, des ambiances assez diverses se juxtaposent, en lanières parallèles au fleuve, du fait de la topographie subtile de la plaine alluviale. En effet, contrairement à la logique communément admise, le fond de vallée prend une forme légèrement bombée, à peine sensible à l'œil, hérité d'une terrasse élaborée au cours des récentes glaciations ; il est ainsi légèrement plus haut que les pieds des coteaux de part et d'autre ; l'un des côté est occupé par le lit mineur du fleuve, l'autre par les affluents, qui offrent ainsi la curieuse particularité de suivre longuement la Loire parallèlement à celle-ci, profitant de la gouttière formée en pied de coteau : c'est le cas de l'Ardoux à l'amont du département, du Cosson au droit de Blois, de la Cisse en rive droite qui, débouchant dans la vallée à Blois, ne mêle ses eaux à la Loire qu'à Tours ; c'est aussi le cas du Cher à Tours, de l'Authion à proximité d'Angers, de l'Indre, etc. Ainsi, il y a souvent deux cours d'eau parallèles dans la vallée : la Loire proprement dite, escortée d'un affluent.

Ce sont les inondations qui révèlent avec le plus de précision la subtilité de ces reliefs : toujours parcourues par les eaux, ces dépressions sont naturellement les premières atteintes par l'inondation. Leur altitude au-dessus de l'étiage de la Loire n'est en moyenne que de 2 mètres, alors que celle des parties les plus élevées de la Plaine submersible atteint ordinairement 4.50 mètres. C'est par de légères dépressions obliques que s'insinuent les crues les plus considérables. Par temps d'inondation, seuls émergent les dos de terrains du centre et quelques îlots imperceptiblement plus élevés que le lit majeur. Ce sont les « peus » de l'Anjou et les « montils » de la Touraine. On les attribue aux débris d'une ancienne terrasse démantelée puis fossilisée partiellement par les apports plus récents.

Roger Dion, dans « Le Val de Loire, étude de géographie régionale » décrit ainsi le phénomène des crues de la Loire :

« Avant même que la crue n'ait dépassé les berges du lit mineur, la dépression latérale est envahie par le refoulement de l'affluent qui la parcourt ou par la montée des nappes d'infiltration. Et lorsque l'inondation commence, les eaux, déjà profondes au pied des versants, touchent aux bornes qu'il ne leur sera pas permis de dépasser. Il ne leur reste qu'à couvrir la partie bombée de la plaine alluviale qu'elles circonscrivent déjà de toutes part. […] Des courants puissants, attirés par les dépressions, lavent le bas des pentes, chassent les éboulis qui auraient pu s'y accumuler dans l'intervalle des crues et entretiennent ainsi dans la fraîcheur de ses formes la topographie précise des bords du lit majeur. La nature des lieux permet donc aux riverains de la Loire d'indiquer avec beaucoup de sûreté et, en général, à moins de 50 mètres près, l'emplacement des limites latérales de leur Val, au pied du coteau qu'ils appellent, suivant les régions « le tertre » ou « la côte ». »


Le coteau de la rive gauche, à Chailles, peuplé de chênes     La Loire sauvage, ses îles, sa terrasse alluviale et le coteau de la rive droite, portant le village de Suèvres
Des paysages finalement très contrastés se juxtaposent en parallèle dans la vallée de la Loire : des coteaux raides ou doux, boisés, cultivés ou piqués d'un village, voire d'un château ; la Loire, aux paysages merveilleusement enrichis par ses îles et ses bancs de sable ; des plaines cultivées largement ouvertes et simplifiées, des cours d'eau intimes, cristallisant à leurs abords une ripisylve, voire des pâtures et des prairies de fauche, puis à nouveau des coteaux. Ce phénomène naturel de  juxtaposition de paysages en parallèles a été renforcé au fil des siècles par les digues ou levées, établies pour favoriser la navigabilité du fleuve (voir le chapitre « les paysages et l'eau »). 

Cale de Saint-Dyé-sur-Loire, ancien port de déchargement des pierres de construction du château de Chambord
Ainsi composés, les reliefs dictent largement l'organisation du territoire : les routes en pied de coteau et sur les levées, les villes déroulées au flanc des coteaux avec des cales et des ports à leur pied, les villages les plus proches de l'eau établis sur des montils, grâce auxquels ils se prémunissaient des crues.

Le Loir présente également une topographie variée qui contribue à différencier les trois paysages qui s'enchainent au fil de son parcours :

Le village de Morée, accroché au coteau du Loir, en rive gauche
  • à l'amont, de Saint-Jean-Froidmentel à Vendôme, il creuse une vallée bien formée, au fond aplani large d'un kilomètre, aux coteaux d'une cinquantaine de mètres de hauteur, cultivés dès que la pente le permet, boisés ou enfrichés ailleurs ;

Le Loir s’écoulant entre les prairies humides du village de Rochambeau, commune de Thoré-la-Rochette
  • au centre, de Vendôme à Montoire-sur-le-Loir, il se déroule en cinq boucles successives serrées, dessinant des coteaux courbes irréguliers, encore complexifiés par le creusement de multiples vallons affluents, qui rendent l'ensemble du paysage délicieusement labyrinthique, riche d'une diversité de sites et situations dont ont su profiter les implantations humaines : château de Vendôme, château de Rochambeau, château de Lavardin, château de Montoire-sur-le-Loir par exemple. La nature calcaire  et tendre des flancs de coteaux de tuffeau, taillés à vif en falaises, a été favorable à la création d'habitations troglodytiques et d'innombrables caves et champignonnières qui ajoutent à la spécificité du paysage des boucles Vendômoises ;

La large plaine du Loire en aval de Montoire-sur-le-Loir     Montoire-sur-le-Loir, occupant la plaine du Loir avale
  • à la hauteur de Montoire-sur-le-Loir et jusqu'aux limites aval du département, la vallée s'élargit jusqu'à atteindre environ 5 kilomètres de largeur, laissant s'épanouir en son cœur une large plaine cultivée.

Vallée du cher parcourue d’une ligne d’urbanisation en grande partie troglodytique de Bourré à Vineuil
Vallée du Cher se lit dans le pli que dessinent les coteaux en se répondant d’une rive à l’autre
Le Cher, contrairement au Loir, dessine une vallée étonnamment régulière : un couloir, dont le fond, plutôt rectiligne, est large de deux kilomètres environ, tenu par des coteaux raides, d'une cinquantaine de mètres d'amplitude au plus haut. Au sein de ce couloir, la rivière borde tantôt le coteau en rive droite, tantôt mais plus rarement celui de la rive gauche ; il laisse une large plaine plate aujourd'hui essentiellement dévolue aux cultures, même si quelques secteurs de haies bocagères et de pâtures se maintiennent entre Gièvres et Villefranche-sur-Cher. Le relief de la vallée conditionne largement le dessin du paysage : nécessairement hors du fond inondable de la vallée, les villages se pressent de façon resserrée sur les pentes raides des coteaux, générant par endroits des silhouettes et des formes urbaines remarquables : à Saint-Aignan, à Montrichard pour prendre les exemples les plus frappants.

Vallée du Cher, détail de l’urbanisation troglodytique occupant la falaise de craie, Vineuil     Le Cher, paisible, après des habitations, Chissay-en-Touraine
Le manque de reconnaissance de ces sites bâtis a aussi conduit à des débordements d'urbanisation récente, notamment sur l'aval de la vallée, qui subit l'influence de l'agglomération tourangelle : mitage des coteaux, urbanisation linéaire autour des infrastructures, implantations hors d'échelle ou mal situées. Les infrastructures, également implantées hors d'eau, filent comme elles peuvent au pied du coteau, cohabitant de façon plus ou moins douloureuse avec l'urbanisation : les routes (RD 17, RN 76), le train et même le canal du Berry jusqu'à Noyers-sur-Cher. Enfin, comme dans le Loir, le tuffeau apparaît par endroits en falaises, donnant naissance à des formes d'habitat troglodytiques.

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